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mardi, novembre 4 2014

KING KONG Théorie

KING KONG Théorie mise en scène de Vanessa Larré, assistée de Valérie de Dietrich pour l’adaptation du livre de Virginie Despentes, Editions Grasset 2006.

 

On n’entre pas dans le livre ou le spectacle par hasard.

 

Pourtant dès l’entrée de ce sympathique théâtre, des personnes âgées en petits groupes, des couples, plus nombreux, plutôt sexagénaires, des jeunes femmes aussi, c’est un public étonnant. Dans le hall d’accueil, assis sur un fauteuil, un homme dit à la femme qui l’accompagne : «  King Kong, c’est moi ! » sur un ton péremptoire.

 

Pourquoi King Kong ? « Parce qu’il est la métaphore d’une sexualité d’avant la distinction des genres ».

 

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 © Photo François Berthier

Virginie Despentes signe un essai à l’écriture « cash » sans arrangement avec le vernis social, les convenances, ce qu’il ne faut pas dire, ce qui ne se dit pas en public, qui font  de chaque femme une « sois belle et tais-toi ! »Elle va droit au but et cela prend l’allure de coups de poings que nous recevons. Le livre est autobiographique pour une large part repris sur scène par trois comédiennes se partageant la parole. L’une qui pourrait être la narratrice, commence à parler suivie d’une seconde au visage tendu, Virginie Despentes elle-même et enfin la troisième représenterait une fille de joie lambda avec ses oripeaux de circonstance.

La mise en scène inventive et simple présente un plateau à trois tableaux tel un retable moderne. D’autant que les comédiennes n’en rajoutent pas, elles sont justes avec le regard droit surtout Anne Azoulay son jeu de scène, son silence, son phrasé, que l'on sent proche de l'auteur, de ses idées, de ses réflexions, elle se mesure à un rôle pas si facile que cela, très appréciée dans la salle et auprès du patron de café du coin, ne tarissant pas d’éloges.

Valérie de Dietrich également a une belle tenue, elle semble la plus modérée et cependant le texte dit par elle, résonne fort parce que sans geste ou grimace inutiles. Elle  a assuré avec le metteur en scène Vanessa Larré, l’adaptation du livre. Elles ont pensé, avec Christian Archanbeau à la vidéo, à faire défiler sur l’écran géant, comme un générique, la bibliographie très documentée figurant à la fin du livre.

Cela commence très fort dans la vie de l’auteur, dès l’âge 17 ans elle est indépendante mais sans le sou, prend la pilule, quitte la maison. Elle a déjà fait le tour du fonctionnement de la société. Puis l’escalade avec le viol en citant Camille Palia, la prostitution, ce prolétariat de la bourgeoisie « où les clients sont lourds d’humanité », la pornographie érigée en industrie…….

 Pour ne pas céder à « l’idéal de la femme blanche », la narratrice dit que :

« Tout ce qui m’a sauvé, je le dois à ma virilité (…) plus désirante que désirable » pensant à celles qui piégées par le système ont fini par « prendre 20 kg pour se soustraire au marché du désir » ; ou encore celles qui ont réussi « occupent des postes importants et ont fait alliance avec des hommes puissants ».

Ce qui reste quelques jours après avoir vu le spectacle, c’est que Virginie Despentes est non seulement une personne hyper-lucide qui a fait l’expérience et l’analyse de ce qu’elle narre depuis sa « classe sociale », de surcroit,elle s’attaque aux poncifs et aux diktats, secoue l’hypocrisie historique ambiante touchant tout le monde sans exception. Elle invite à la prise de conscience de nos pauvres vies, enfermées dans un silence tacite pesant.

L’auteur ajoute à la fin de son propos que ces dernières 30 années, les hommes n’ont rien écrit sur la masculinité. C’est juste, mais il y en a qui se bougent afin de faire bouger l’humanité.

En 2014, Denis Mukwege, médecin qui remet les femmes debout, créateur du mouvement masculin en faveur du droit des femmes « V-Men Congo ».Un bel exemple à faire connaître.

 

King Kong théorie, d'après l'œuvre de Virginie Despentes. Mise en scène de Vanessa Larré avec Valérie de Dietrich, Anne Azoulay et Barbara Schulz. Jusqu'au 13 décembre 2014.

La Pépinière théâtre, 7 rue Louis le Grand 75002 Paris. Métro Opéra

Tél. 01.42.61.44.16

www.theatrelapepiniere.com