Mot-clé - Allemagne

Fil des billets - Fil des commentaires

vendredi, juillet 3 2015

Le mariage de Maria Braun

Le mariage de Maria Braun, Rainer .Werner Fassbinder, mise en scène Thomas Ostermeier, Théâtre de la Ville, Paris.

 

Comment passer une très bonne soirée ? Cela se passe, au Théâtre de la Ville avec Le mariage de Maria Braun signé de Thomas Ostermeier !

On se souvient tous du film de Rainer.Werner Fassbinder de 1979, porté par une Hanna Schygulla radieuse en femme de poigne dans un monde d’hommes de guerre, de pouvoir, au cabaret……

Dans une lumière faiblarde, une musique insupportable faite pour la cruauté et la mort, (créée par Nils Ostendorf), l’échiquier des personnages est installé, fonctionnant déjà lorsque le public arrive dans la salle. Des vidéos projetées derrière un rideau transparent diffusent des images du peuple de l’Allemagne nazie.

 

 


Photo (C) Christophe Raynaud Delage

 

« De son destin personne ne s’enfuit ».

 

Et c’est bien là le drame de l’homme et de la femme à plus forte raison restée seule pendant que le mari part au front faire la guerre. Lorsque Maria se marie, elle le fait dans un fracas d’acier, de bombes, d’avions dans le ciel, de bruits et de poussière de l’Allemagne qui sombre dans le chaos.

Dans le petit appartement où elle vit avec sa mère et dont elle dit «  elle pleure mes larmes », Maria essaie de trouver des occupations, se retrouve dans un bar à soldats américains ; elle y rencontre Bill, un G.I noir qui la considère et la respecte. Enceinte de lui, elle cherche à se faire avorter par le médecin de famille.

Finalement elle perd l’enfant avant qu’il ne naisse. Elle parle de lui en le nommant « l’ange noir ». Cet ange noir n’est autre que Rainer Fassbinder.

Toute son œuvre est prémonitoire, novatrice, aborde sujets et thèmes avant-gardistes qui sont autant de réalités aujourd’hui.

Les trois hommes importants dans la vie de Maria Braun sont Hermann l’allemand avec lequel elle restera mariée un jour et une nuit. Il lui dira plus tard :

«  L’erreur des gens est de n’aimer qu’une personne ».

Puis arrive Bill et enfin Oswald, l’industriel français rencontré dans un train. Elle dirige les opérations professionnelles et affectives.

On y voit une partition éminemment politique entre le bloc de l’Est, Les Etats-Unis et la France, Maria joue sur les trois registres sans arrêt :

«  Je m’y connais en avenir, je suis spécialiste » ou « le jour je suis la petite main du capitaliste et la nuit j’utilise l’argent des masses laborieuses ».

 

Concert des nations, partition européenne.

 

La patte de Thomas Ostermeier est particulière. Elle est allemande et européenne .Directeur artistique de la Schaubühne de Berlin depuis 1999, il réalise un travail sans commune mesure.

 C’est un théâtre très particulier qui touche immédiatement. Fassbinder l’a voulu également ainsi et c’est ce qui attribue à son œuvre  une grande modernité aux questionnements sans fin.

 

Tout semble simple et facile dans ce salon banal, peuplé de fauteuils dépareillés. Côté cour, un dispositif de rideau transparent facilite les sorties et entrées des personnages. Ils sont cinq, quatre hommes qui joueront 27 rôles dont des rôles féminins et une femme, vertigineuse de présence pour le rôle titre. A la fois féminine et pleine de dureté.

 

Cela va très vite, pas d’interruption dans le cours de l’action, il suffit de retourner l’habit blanc pour que le comédien transforme son vêtement en blouse de médecin et ainsi de suite. Les comédiens sont Thomas Bading, Robert Beyer, Moritz Gottwald et Sebastian Schwarz. Ursina Lardi campe  le rôle de Maria Braun avec brio, élégance et justesse.

Sans oublier, une fois n’est pas coutume, à la scénographie Nina Wetzel, aux costumes Ulrike Gutbord et Nina Wetzel, à la dramaturgie Julia Lochte et Florian Borchmeyer et pour la vidéo, Sébastien Dupouey.

 

C’est aussi un plaisir sans équivalent de pouvoir entendre la langue de Goëthe et d’avoir sa traduction en simultané, ce qui nous rapproche au plus près de l’imaginaire germanique.