Un métier idéal de et par Nicolas Bouchaud

Un métier idéal,  de et avec Nicolas Bouchaud, mise en scène Eric Didry

 

Au cours du mois d’avril 2015, deux spectacles en reprise « La Loi du marcheur » et « Un métier idéal », accompagnés d’une série de rencontrées mettent Nicolas Bouchaud à l’affiche du Carreau du temple à Paris.

 

Un métier idéal, au titre si évocateur de l’auteur britannique John Berger, trace la vie de John Sassal, chirurgien et médecin généraliste dans la campagne anglaise des années 60. Après deux mois d’observation et de dialogue avec le photographe Jean Mohr, le résultat est là, d’une force magnifique, d’une puissance sans pareille, mêlant plusieurs registres d’écriture. En effet, le docteur ne ménage ni son temps, ni son énergie, ni sa vie en somme pour servir sans cesse, pour accueillir et accompagner chaque patient. Lecteur de Freud, admirateur de Joseph Conrad, praticien infatigable, le docteur Sassal se construit un idéal entre sacerdoce, vocation c’est plus que certain, chemin d’empathie sur une voie qui lui est propre érigé en art.

 



©Photo Jean-Louis Fernandez.

 

C’est peu de dire qu’en soignant les patients, il se soigne lui-même en se posant les questions sur le temps, le sens de la vie, l’amitié, la destinée de l’homme. 

A la question : « John Sassal est-il un bon médecin parce qu’il guérit beaucoup de malades ? ». La réponse est simple et foudroyante : « non, parce qu’il répond au sentiment profond des malades en quête d’un sentiment de fraternité (…) il devient chaque malade en qui chacun peut se reconnaître ».

Nicolas Bouchaud arrive sur scène, livre à la main, public en train de s »installer….comme d’habitude, un pétard dans les cheveux, regard espiègle….lumières en salle et sur le plateau…..  « Aujourd’hui je voudrais avoir le temps de voir tout le monde….. ».Le spectacle est lancé, il parle du docteur dont «  les mains connaissent les corps », il a été appelé pour «  un arbre tombé sur un homme… ».

Le comédien marche au ralenti, il est tout entier dans le texte, corps et âme, tête et cœur, corps et gestes….Il ne dit pas le texte, il le vit, il l’incarne, le transpire, le métabolise en une prouesse ! Puis il se met à courir sur la scène, tourbillon, boucle, retour et départ en même temps.

Parfois, il parle au public comme dans la Loi du marcheur, on ne sait plus si c’est Nicolas Bouchaud qui parle ou son personnage …

Il y a aussi un décor remarquable : une toile peinte en noir et blanc censée illustrer le paysage familier de John Sassal. Au fur et à mesure de la lumière sur la scène, la toile évolue subrepticement, et l’on voit de plus en plus clairement la maison ou le dispensaire du docteur, éclairé dans la nuit. C’est saisissant. Cela se fait sans que l’on y prenne garde, à notre insu, le réel du monde du médecin devient de plus en plus présent.

 

Et puis il y a les extraits de pièces jouées par Nicolas Bouchaud qui reviennent le visiter (La vie de Galilée, Le roi Lear), comme un parallèle « idéal » avec le médecin : on se dit alors que le comédien, le poète aussi ont un métier idéal, qui tout comme le médecin, peut sauver âmes et  corps malades…..« La poésie c’est comme un soin, il faut respirer ».

Ultime cadeau du comédien : chaque soir il fait monter sur scène une personne, lui donnant à lui et à nous, une leçon de texte, une leçon de respiration avec la tirade d’Edgar dans le roi Lear : « Tout compte fait, il est préférable d’être ouvertement méprisé que de l’être sous couvert de flatterie….alors bienvenu air impalpable que j’embrasse ….. ».

Et nous, nous disons à Nicolas Bouchaud merci, merci de nous rappelez ce soin de respirer avec Shakespeare, avec vous, avec la beauté des êtres qui nous entourent, lointains ou proches afin de retrouver notre humanité.


 


Carreau du Temple

4 Rue Eugène Spuller, 75003 Paris
01 83 81 93 30 Métro Temple, République

31 mars au 18 avril 2015, en partenariat avec le Théâtre du Rond-Point des Champs-Elysées.