Valère Novarina en scène

 

Valère Novarina en scène, Claude Buchvald, Presses Universitaires de Vincennes, Collection Théâtres du monde, 2014.

Entrer dans l'univers de Valère Novarina par le texte, le visuel ou la mise en scène n'est pas une mince affaire tant l'auteur tout iconoclaste qu'il soit, est reconnu surtout pour ses activités de spectacle vivant.

L’excellent livre « L’organe du langage, c’est la main », paru la même année aux Editions Argol délivre bien des explications, bien des secrets, bien des découvertes  de l’artiste accompli.

Ce livre-ci est directement lié à Claude Buchvald, metteur en scène, comédienne, Maître de Conférence au Département théâtre del’Université Paris VIII, auteur d’une thèse de 3ème cycle « Dans le buisson ardent : être artiste dans et hors l’université », exploratrice de langues et de langages au théâtre, à l’opéra sur des livrets de Mozart, Rossini, des textes de V.Novarina en français, en portugais, Claudel, Rabelais, Molière etc……

Je me suis posée la question et l'ai gardée en moi : comment passe-t-on de Novarina à Molière ? Claude Buchvald répond à la question par livre interposé : pour elle, Molière c'est la source «  qui l'a conduit plus d'une fois à saisir la physique de la langue, celle de Valère Novarina, qui ajoute-elle, « en est toute nourrie ».Elle, qui se sent comme « un accompagnateur, un veilleur qui aiderait à une
forme de gestation »
devant cette écriture si particulière.

Cela est bien vrai : après la découverte et la lecture de ce livre, on redécouvre voire découvre autrement les textes de Novarina.

Elle a monté pas moins de cinq textes de Novarina - et ce n’est pas fini - joués par le comédien « novarinien » par excellence, le poète de la scène,  Claude Merlin : Vous qui habitez le temps, Le Repas, L’Opérette imaginaire (Festival d’Automne), L’Avant-dernier des Hommes (Festival d’Avignon), Falstafe (Théâtre National de Chaillot), Lumières du Corps, et une nouvelle version de Vous qui habitez le temps en portugais et français au théâtre de Rio de Janeiro (lors de l’année de la France au Brésil) et jusqu’en Estonie pour L’Avant-dernier des hommes.

 La spécificité de la démarche de Claude Buchvald s’est construite à l’intersection de la création et de la recherche où il n’est pas rare de retrouver quelques des étudiants au plateau de ses créations, constituant ainsi un vivier de créativité où l’université et le plateau font bon ménage, en marge des conservatoires et des écoles. Une démarche qui n’étonnera pas outre – atlantique mais qui en Europe se montre très innovante.

Divisé en quatre chapitres denses, un par pièce, le livre « Valère Novarina en scène » porte bien son titre, il est totalement au service des textes et de leur traduction en scène, sur scène, avec une iconographie généreuse, des entretiens, des échanges, des annexes et une bibliographie.

 D'une certaine façon il participe à « la célébration de la langue » initiée par Novarina et d'autres. Tout comme le si beau dialogue clôturant l’ouvrage entre les deux Claude, Buchvald et Merlin, comme le si bien dit Novarina «  Sous un if Claude et Claude réfléchissent ».

 Que dit Claude Merlin de Novarina : «  il a aiguillé mon regard sur un point particulier, il m’a ouvert des fenêtres sur le monde, qui pour moi demeuraient closes. Il a été, est toujours un professeur de vie. J’aurais facilement tendance à céder à un certain vertige de la perte, sinon de la perdition(…) Au-delà de la fidélité que je garde à l’abîme, Valère et Claude, me désignent le chemin qui mène en haut de la montagne. Un si beau chemin ».p214.Qui est Claude Merlin ? Son nom circule dans les distributions artistiques en comédien, metteur en scène, professeur d’Université, poète, traducteur d’Homère et d’autres, adaptateur, grand lecteur et découvreur, grand érudit, conseiller artistique……mais au fond l’homme reste discret, d’une grande simplicité, affichant sourires et patience, marques des belles personnes savantes. Sur scène il est autre, emporté, modifié, transfiguré par le rôle, le texte, le souffle, l’énergie, la sienne et celle des auteurs, celle de la mise en scène, celle du plateau et de la scène.

 Ces trois artistes réunis forment un feu d’artifice sur scène où la langue est souveraine dans un « corps-à-corps » jubilatoire qui ne nous quitte pas.