Le Grand Livre du Théâtre

Le grand livre du théâtre, Luc Fritsch, Eyrolles, 530 pages, 2014.

Que pourrait apporter l'édition d'un tel livre ? Après le Pavis, le Corbin ?.Autant les deux premiers livres sont devenus et demeurent des références avec le temps, autant celui-ci est vraiment trop incomplet, trop succinct sur un sujet aussi important couvrant plus de 2000 ans d'histoire.

Ni encyclopédie, ni dictionnaire, encore moins ouvrage exhaustif détaillé, il fait partie d'une collection Le grand Livre de ….des éditions Eyrolles ; il est structuré par siècle, de l 'Antiquité au XXème siècle, à l'intérieur duquel l'auteur fait une « approche, une introduction » en évoquant politiques, courants et auteurs essentiels.

Luc Fritsch précise qu'il s'agit de la synthèse d'une étude « bien plus exhaustive » non publiée à ce jour portant le titre de « Théâtralité et évolutions, dynamiques en perspective, Essai de critique analytique ».Il a ainsi été ramené à un format moins volumineux, destiné à un public plus vaste mais néanmoins qui « cultive un goût disproportionné pour le spectacle », ce dernier mot écrit en italiques, sans doute clin d'oeil à Guy Debord.

Dramaturge et metteur en scène, Luc Fritsch est avant tout un chercheur. Formé à la mise en scène et à la direction d’acteurs par Henri Chanal, il entra ensuite à l’INSAS à Bruxelles.


Né en 1936, Henri Chanal entame des études d'ingénieur agronome avant de revenir à la scène. Danseur chez Béjart, comédien au Théâtre National et au Rideau de Bruxelles, il y réalise treize mises en scène et reçoit l'Eve du théâtre pour La Tempête en 1964. Metteur en scène et pédagogue, il a œuvré pour l'émergence d'une nouvelle écriture dramaturgique en Belgique et exploré les prémices du théâtre total.


En France depuis les années 80, Luc Fritsch poursuit ses expérimentations avec des acteurs et fonde en 1998, la compagnie La Pariade, Théâtre Laboratoire qui donnera lieu en 2005, ià une structure d’investigation permanente, Le Laboratoire, Plate-forme de recherche pour le théâtre contemporain. Sur son site, on n 'y voit pas grand-chose en terme d'activités et de propositions.

Malgré une introduction un peu trop simpliste, commençant comme une copie au Bac «Depuis les temps immémoriaux... » , l 'ouvrage se veut pédagogique avec chapeaux, sous-titres et paragraphes en exergue ou encore encadrés grisés. Au fil des pages, en effet, il apparaît qu'il est destiné à un public béotien qui débarquerait sur la planète Théâtre.

Un index des personnes et des œuvres et lieux permet la consultation pour qui a des références déjà acquises. En revanche, la bibliographie trop succincte, pointue et datée composée d'éditeurs trop anciens, ne rend pas compte de la vitalité du secteur.C'est regrettable.

On aurait apprécié des extraits de textes fondamentaux afin de donner envie, de mettre en bouche le vers, l'alexandrin, le sonnet, en un mot le texte, cela aurait apporté un peu d'humanité et de rondeur au livre.

On est déçu de constater le peu de place dédiée au Festival d'Avignon, festival majeur et à portée internationale, ainsi que l'absence d'entrée des Collectifs marquant la fin du XX ème siècle et le début du XXIème siècle.Un livre fort intéressant développe la question portant le titre de « Les collectifs dans les arts vivants depuis 1980 » sous la direction de Raphaëlle Doyon et Guy Freixe, édité cette année aux éditions de l'Entretemps.

Encore plus rédhibitoire : Comment Le grand Livre du Théâtre a -t- il fait pour oublier Le grand Vitez, Antoine Vitez (1930-1990)? Acteur, auteur, metteur en scène, pédagogue, traducteur, fondateur du Théâtre des Quartier d'Ivry et administrateur de la Comédie Française, il est demeure une personnalité centrale du théâtre contemporain.Une lacune impardonnable : l'on se frotte les yeux comme pour sortir d'une illusion, comment a-t-on on a pu laisser filer cela !Si c'était le fait d'un débutant, on lui pardonnerait ! mais c'est loin d'être le cas.

L'ouvrage s' arrête à La Cartoucherie et la compagnie théâtre de l'Aquarium, crée en 1964 !De plus, sa conclusion fausse et sévère ferme le livre sur la « sclérose endémique », « phase de régression  pour le moins inquiétante, voire même désastreuse » marquant le début du nouveau siècle.

Il est également fort dommage de ne pas évoquer les nouvelles compagnies organisées en collectifs,où théâtre et politique sont volontairement mêlés au sens d'une démocratie de tous les instants, mêlant plusieurs arts-théâtre-danse-vidéo- donc plusieurs exigences etplusieurs sensibilités, les conservatoires nationaux et écoles n'ont jamais été aussi fournisseurs de talents, de regards neufs et de changements que ce soit dans la création et l'écriture chorale et les enfants de mai 1968 sont devenus aujourd'hui les quarantenaires à la tête des CDN.

Il n 'est pas juste de dire que le théâtre s'est arrêté à Vincennes pour ne plus bouger.

Ariane Mnouchkine vient de créer un flamboyant et inoubliable Macbeth et ce n 'est pas fini, pour fêter ses 50 ans d'activités, de recherche, de transmission autour du monde, de formation et de créations, une série de manifestations ont lieu tout au long de l'année 2014.

Mais oui, le théâtre fait toujours rêver, et les artistes et le public ! De nouvelles salles se créent, les festivals fleurissent et ne désemplissent pas…..il suffit d'être curieux, ouvert sur le monde où l 'on vit .