Les mille et une définitions du théâtre, Olivier Py, Actes Sud

Les mille et une définitions du théâtre, Olivier Py, Actes Sud, collection Le temps du théâtre, 2013, 243 pages. Ce livre est également disponible en version numérique audio (lecture par Elizabeth Mazev et Olivier Py).

Ces derniers temps, des changements sont venus désorienter le fonctionnement de plusieurs villes de France, mettant à mal ce qui fait culture dans ce pays. En conséquence, il est nécessaire de revisiter les fondamentaux a fortiori lorsqu'il s'agit de la construction du monde, de l'essence de notre monde par la dimension de la pensée, du théâtre et de la culture.

Comme il a été nommé en 2013 directeur du mythique festival d'Avignon, il n 'a pas tardé à renouer avec les fondamentaux de Vilar, ses symboles et ses valeurs, il sait réunir autour de lui des artistes qui feront une programmation dynamique au plus près de la jeunesse du monde.

Expérience inédite pour un écrivain, «Les mille et unes définitions du théâtre » en fait partie et conduit le lecteur dans une narration dense sans début ni fin comme le fil de l'humanité. C'est difficile de définir le théâtre ! En voici 1001 définitions que jour après jour, nuit après nuit on pourrait analyser, étudier.

Auteur, poète de la scène et comédien, Olivier Py s'est adonné à cet exercice de construction d'un ouvrage d'aphorismes, de pensées, de réflexions à voix haute, à mi-voix, d'interrogations, d'inquiétudes et de révoltes à son endroit, qu'il soit coulisses, plateau, scène et salle, amont et aval d'une création, pendant aussi ;

On est dans sa tête, dans ses veines, dans ses yeux, dans sa peau et dans son cœur…...On est dans ses insomnies, ses angoisses, ses absences, sa présence, ses larmes aussi…..On est dans ses strates à lui, dans ce qu'il a accumulé, dans ce qu'il veut, dans ce qu'il a hérité…...On est dans son enfance, dans son aujourd'hui, on est dans son advenir.

On découvre alors un homme qui n'arrête jamais. On imagine dans ses poches un tas de papiers, dans sa cuisine, dans sa chambre avec de quoi écrire partout, de quoi être en phase avec l'urgence, avec l'émotion immédiate….On le voit alors inquiet, dans la quête totale, à la fois dans l'inaccessible et dans la simplicité du très haut, du très beau. Invitation au cheminement, à la lecture de la pensée et de l'action au service du théâtre, au service d'une vie exaltée et exaltante, donnée en partage.

« Moi je m'appelle Impatience. Quel nom étrange. Qui te l'a donné? Toi, mon amour » Olivier Py.

En lisant ce livre, bien plus qu'un livre, qui se lit comme un dictionnaire ouvert au hasard; on entre dans un univers insoupçonné de mots, de définitions, de pensées, d'exemples, de citations, philosophiques et historiques, de références et de critiques, on est pris au premier abord dans un vertige. Chaque définition augmente la précédente et celle qui suit.

J'ai voulu, par défi et par jeu pour moi-même, en choisir trois ; je me suis confrontée à une difficulté impossible à lever. Il y en a tant qui font mouche, qui sont spectaculaires ou sensibles ou justes ou vraies ou pertinentes ou poétiques……

Sans me résoudre à choisir vraiment je citerais pour les plus courtes : « le théâtre est une joie errante », « le théâtre c'est l'ennui qui devient impatience », « le théâtre est un palais où habitent les pauvres », « le théâtre est l'abreuvoir où les morts se désaltèrent », « le théâtre est l'ordinaire de l'éblouissement », « la Trinité théâtrale c'est : le lieu, le poète et l 'acteur »….

A quoi tient le théâtre ? Les réponses sont dans ce livre précieux qui semble être parti de celle-ci : « Rien qu'un mot sur une page et il y a le théâtre » Claude Régy. Parfois au fil des pages, on se dit que l'auteur ne peut aller plus loin et on est bien vite contredit par sa plume et sa pensée qui filent bien plus vite que l'éclair.

On est pris dans un abécédaire à la Gilles Deleuze, propre à Olivier Py. Où l'on remarque que le terme Impatience est très important, il revient souvent, y compris dans le nom du festival qu'il a mis en place en 2008 lorsqu'il était directeur du théâtre national de l'Odéon. Ce festival est dédié à la création émergente que les jeunes apportent en quittant écoles et conservatoires.

Sans vouloir les nommer tous, on notera quelques mots qui reviennent souvent tels que jeunesse, éternité, réel, imaginaire, imagination, mort, liberté, politique, histoire, Dieux, conscience, cœur, jouissance, miroir, oiseau, beauté, mer, nuit, flamme, visage, destin….

De même qu'il cite Hamlet en une « longue exégèse », Mallarmé, Sénèque, Derrida, Christophe Colomb, une très belle page sur l'art du cristal de Daum, Heidegger, Brecht, Falstaff, Lacan, Charon, Le Christ, Les Evangiles, la reine de Saba, Oreste, les mystiques, Corneille, Eschyle, « constructeur de la civilisation »…….

Georges Banu souligne dans la préface, que la vision du théâtre d'Olivier Py est une « multiplicité d'éclats ».

Cette multiplicité faite homme est à propager, à diffuser pour ré-ouvrir discussions et débats qu'elle suscite, renouant ainsi avec la Démocratie et la Culture, toutes deux res publica, ainsi que le Théâtre qui les contient toutes deux.

Si l’on pense à un bon nombre de pays du Maghreb ne serait-ce que ceux-là par exemple, qui ont des théâtres qui ne fonctionnement pas ou si peu,  ils y trouveront peut-être matière à entamer une démarche de pratique du théâtre jusqu'ici peu théorisé.